Les Notes de Camille

Se sentir bien

Le temps d'ecran des parents, dont personne ne parle

22 juillet 2026

Le temps d'ecran des parents, dont personne ne parle

Je me suis surprise l’autre soir, assise dans le canapé, le pouce qui scrolle sans fin pendant que mon petit dernier empilait ses cubes à mes pieds. Il m’a tendu un cube bleu, j’ai hoché la tête sans le regarder, les yeux collés à un reel. Ce moment-là, je ne l’oublierai pas. Le temps d’ecran des parents, on n’en parle jamais, ou toujours pour pointer du doigt les enfants. Et si on commençait par se regarder nous, sans se juger ?

Ce qui m’a fait changer d’habitude

C’était un mercredi matin, début mars. J’étais en train de répondre à un message sur mon téléphone devant les enfants pendant le petit-déjeuner. Mon aîné de sept ans, entre deux bouchées de tartine, m’a dit sans lever les yeux : « Maman, t’es encore sur ton téléphone. » Pas agressif, juste constat. Comme on dirait « il pleut ». Cette petite phrase, dite sur le ton de l’évidence, a résonné dans ma tête toute la journée. Pas la peine d’attendre le séjour au bord de mer hors été pour faire le point : le déclic, il était là, en plein salon, un jour de semaine ordinaire.

Je me suis posé une question simple : combien de fois par jour est-ce que je regarde mon écran sans m’en rendre compte ? Une fuite minuscule et répétée, un robinet qui goutte. Rien de grave sur le moment, mais au bout du compte, une bassine d’attention volée aux miens.

Le chiffre qui surprend quand on le mesure

J’ai décidé de me chronométrer pendant trois jours. Pas d’application sophistiquée, juste un carnet et un stylo sur la table basse. Chaque fois que je déverrouillais mon téléphone sans raison précise, pas pour appeler, pas pour un horaire de train, je notais l’heure et la durée approximative. Le premier jour, j’ai arrêté de compter après la quinzième fois, à peine en milieu d’après-midi.

Le chiffre brut ne raconte pas tout. Ce qui m’a le plus frappée, c’est la nature de ces micro-moments. Une notification, un vide de trois secondes, un petit creux d’ennui, et hop, la main qui plonge dans la poche. Je n’avais pas de « gros » problème d’écran, je ne passe pas quatre heures par jour sur les réseaux, mais j’avais un problème d’éparpillement. Mon attention était un gruyère, et mes enfants le sentaient.

J’ai continué le carnet une semaine. Au bout de sept jours, plus de deux cents déverrouillages, dont la grande majorité ne servaient à rien. Le pire ? Je ne me souvenais même pas d’eux une fois le téléphone reposé. L’écran avale nos gestes et les efface aussitôt.

Ce que l’enfant retient de nos gestes

Un soir, en rentrant de l’école, mon fils a mimé quelqu’un qui pianote sur un téléphone avec son pouce. Il jouait à la marchande avec sa sœur, et soudain, entre deux transactions imaginaires, il a sorti son « téléphone », un bout de bois, et a fait semblant de scroller. J’ai ri, un peu jaune. Parce que ce geste, il ne l’a pas appris à l’école. Il l’a appris en me regardant, des centaines de fois, sans que je le remarque.

Le téléphone devant les enfants, ce n’est pas juste un écran de plus dans la pièce. C’est un message silencieux qu’on leur envoie : « ce qui se passe là-dedans est plus important que ce qui se passe ici ». Je ne le pense pas une seule seconde, mais mes doigts racontent une autre histoire. Et les enfants ne retiennent pas nos paroles, ils retiennent nos gestes. Montrer l’exemple écrans, c’est d’abord accepter qu’ils nous imitent déjà, en temps réel, sans attendre qu’on soit prêtes.

Les trois moments à protéger

Plutôt que de viser une réduction radicale, les bonnes résolutions claquemurées, je connais, ça tient trois jours, j’ai choisi de protéger trois moments clés. Des toutes petites fenêtres dans la journée où le téléphone reste dans la chambre, porte fermée, et où je suis là, vraiment là.

MomentEnjeuCe que j’ai mis en place
Le réveil et le petit-déjeunerPremier regard, première présence de la journéeTéléphone en mode avion jusqu’à 8h30. Posé dans la chambre, pas dans la cuisine.
La sortie d’école et le goûterRécit de la journée, confidences spontanéesTéléphone dans le sac, vibreur coupé. Quinze minutes de vraie écoute, sans notification.
Le coucher et la lecture du soirMoment calme, lien avant la nuitTéléphone dans la chambre parentale. Une histoire, une chanson, zéro écran jusqu’à ce qu’ils dorment.

Ces trois moments ne sont pas grand-chose sur le papier. Dans les faits, ils ont tout changé. Pas parce que j’ai supprimé mon téléphone, je le consulte encore, mais parce que j’ai créé des îlots où il n’a pas sa place, des endroits dans la journée où mes enfants savent qu’ils me trouvent sans écran entre eux et moi.

Ce que j’en retiens au quotidien

Six mois plus tard, je ne suis pas devenue une maman sans téléphone. Loin de là. J’ai encore des moments où je me surprends à checker mes messages en pleine partie de Uno, allez, on va dire que je rangeais mes cartes. Mais quelque chose a bougé en profondeur.

D’abord, j’ai gagné en lucidité. Je sais maintenant quand je décroche, et surtout pourquoi : rarement par nécessité, souvent par réflexe. Ensuite, les moments protégés sont devenus des repères pour toute la famille. Mon fils m’a demandé un jour : « Maman, c’est l’heure où le téléphone dort ? » Oui, mon cœur, c’est l’heure. Le rituel s’est installé tout seul, sans contrainte, comme une habitude douce, un peu comme cette mousse au chocolat à l’ancienne qu’on prépare ensemble le dimanche, sans recette, au feeling.

Enfin, j’ai compris une chose essentielle : on ne demande pas à un enfant de ne pas regarder les écrans quand on passe soi-même sa vie le nez dedans. L’exemple n’est pas une option, c’est le socle. Et quand j’y pense, le coût mensuel d’un ado n’est rien comparé au coût de l’attention qu’on ne leur donne pas.

Alors je continue, à tâtons, sans dogme. Mais au moins, maintenant, quand mon fils me tend un cube, je le regarde.

FAQ

Est-ce qu’il faut supprimer complètement le téléphone devant les enfants ?

Non, et ce serait impossible pour la plupart d’entre nous. L’idée n’est pas de viser la perfection ni de culpabiliser. C’est plutôt de prendre conscience des moments où le téléphone s’intercale entre toi et ton enfant sans vraie raison. Protéger quelques instants clés, comme le réveil ou le coucher, suffit à changer la dynamique. Le tout, c’est d’y aller à ton rythme, sans pression.

À partir de quel âge un enfant remarque-t-il que son parent est sur son téléphone ?

Bien plus tôt qu’on ne le croit. Dès les premiers mois, un bébé perçoit la direction du regard de son parent. Vers deux ou trois ans, l’enfant associe le téléphone à une distraction qui le prive d’attention. Mon fils de sept ans l’exprimait avec ses mots, mais mon petit dernier, à deux ans et demi, me tendait la main vers le visage pour que je repose l’écran.

Comment gérer le téléphone quand on a besoin de décompresser un moment ?

C’est une vraie question, et il n’y a pas de honte à vouloir souffler. Plutôt que de scroller machinalement, définis-toi une petite bulle, dix minutes dans la chambre, porte fermée, où tu fais ce que tu veux sur ton écran sans culpabilité. Ensuite, tu rejoins les enfants en posant le téléphone ailleurs. L’important, c’est que la bulle soit consciente plutôt que disséminée en miettes devant eux.

Est-ce que montrer l’exemple suffit pour que les enfants régulent leurs propres écrans ?

Montrer l’exemple écrans ne suffit pas à lui seul, mais c’est la condition sans laquelle tout le reste sonne faux. On peut poser des règles, fixer des durées, installer des contrôles parentaux : si l’enfant voit son parent scroller sans fin, le discours ne prend pas. L’exemple pose le socle. Ensuite viennent le dialogue, les règles adaptées à l’âge, et la confiance mutuelle.


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