Les Notes de Camille

Au quotidien

Grands-parents qui gardent les enfants : garde par la famille

14 août 2026

Grands-parents qui gardent les enfants : garde par la famille

Quand les grands-parents gardent les enfants, on veut deux choses à la fois : qu’ils passent un bon moment et que nos règles tiennent le temps d’une journée. J’ai longtemps cru que ces deux envies se faisaient la guerre. Aujourd’hui je sais qu’elles se marient très bien, à condition de choisir ses batailles et de le dire sans blesser. Voilà ce que j’ai appris, souvent à mes dépens.

Ce qui m’a fait changer d’habitude

Pendant des mois, j’ai préparé chaque garde comme une mission : une liste mentale de consignes, puis un débriefing intérieur le soir venu. Le goûter pris trop tard, la sieste sautée, la tablette allumée trop longtemps. Je repartais agacée, mes parents se sentaient surveillés, et mes enfants captaient la tension mieux que quiconque.

Ce qui m’a fait changer, ce n’est pas une grosse dispute, mais une phrase de ma mère, un soir où je la reprenais pour la troisième fois sur l’heure du bain : « tu sais, je les garde avec amour, pas avec ton emploi du temps ». Sur le moment, ça m’a piquée. Puis j’ai compris qu’elle avait raison : je traitais mes parents comme des remplaçants à former, alors qu’ils venaient offrir du temps et du lien.

Le désaccord classique sur les règles

Le désaccord revient presque toujours sur les mêmes terrains : le temps d’écran, l’heure du coucher, le goûter, la sieste qu’on saute, le petit plaisir offert en douce. Vu de chez moi, c’était du laisser-aller. Vu de chez eux, c’était de la générosité. Et personne n’avait tout à fait tort.

Le vrai sujet n’est presque jamais la règle elle-même. C’est ce qu’elle dit de nous. Quand un grand-parent donne un biscuit avant le dîner, on n’entend pas « il a eu faim », on entend « elle ne respecte pas mes choix ». Quand on lui rappelle l’heure du coucher, il n’entend pas « c’est mieux pour lui », il entend « tu ne sais pas t’occuper d’un enfant ». Tant qu’on lit les gestes de l’autre comme un jugement, la règle devient un champ de bataille.

Ce qui se négocie et ce qui ne se négocie pas

Le cadre devient simple dès qu’on sépare ce qui se négocie de ce qui ne se négocie pas. Et c’est là que le principe d’Eve Rodsky m’a aidée. Dans Fair Play, elle pose qu’une tâche n’est tenue que si la même personne la conçoit, la planifie et l’exécute, ce qu’elle appelle le CPE. Transposé à la garde : sur certains points, c’est moi qui conçois et qui planifie, les grands-parents exécutent. Sur d’autres, je leur laisse le CPE entier, et je ne repasse pas derrière.

Quand je dis « donne-lui un goûter sain » sans préciser quoi, puis que je critique ce qu’ils ont servi, je garde la conception dans ma tête et je me vexe la première. Si je confie « le goûter, c’est ton domaine, sans sucreries avant le dîner », ils se l’approprient et la complicité s’installe.

Voici le partage que j’ai fini par adopter chez nous :

Ce qui ne se négocie pasCe qui se négocie
La sécurité : siège auto, médicaments, allergiesL’activité de l’après-midi, les jeux, la promenade
L’heure du coucher, à une demi-heure prèsLe goûter, dans une limite annoncée à l’avance
Le temps d’écran, la règle posée à la maisonLes histoires, les chansons, les petits rituels
Les repas de base qui structurent la journéeLa façon de jouer, d’habiller, d’occuper

Deux ou trois règles non négociables, pas plus. C’est la seule façon de les retenir et de les tenir. Tout le reste, on l’offre.

Le dire sans reproche

Poser un cadre sans vexer, c’est d’abord une affaire de formulation. Faber et Mazlish, dans leurs livres sur la parole aux enfants, proposent de décrire au lieu d’accuser. Le principe vaut aussi entre adultes : décrire le besoin ou l’effet, pas la faute.

Plutôt que « encore la télé tout l’après-midi », je dis « chez nous on coupe les écrans à dix-huit heures, c’est ce qui nous permet de tenir la soirée ». Plutôt que « tu n’as pas respecté la sieste », je dis « quand il saute la sieste, il est épuisé le soir et il pleure au bain ». Je parle de moi, de chez nous, du besoin. Jamais de l’autre comme d’un coupable.

Et je choisis le moment. On ne recadre pas une règle au moment du départ, devant les enfants, sur le pas de la porte. On en parle en amont, au calme, une fois, en gardant l’essentiel à l’écrit quand c’est utile.

Ce que j’en retiens au quotidien

Ce que je retiens tient en trois réflexes. D’abord, un cadre court : deux ou trois règles annoncées à l’avance, les mêmes à chaque garde. Ensuite, un domaine offert en entier : aux grands-parents le choix de l’activité, du goûter, des jeux, sans repasser derrière. Enfin, de la gratitude avant toute correction : remercier pour le temps donné, pas pour la conformité.

Préparer la maison aide aussi à lâcher prise. Si les affaires du petit sont prêtes, si le change et le goûter sont à portée de main, les grands-parents n’ont qu’à dérouler la journée. Un peu d’organisation en amont, comme celle du ménage de la maison, et la garde se fait sans mode d’emploi. Sur l’écran, je reste souple sur la règle mais ferme sur le principe, celui dont je parle dans le temps d’écran des parents : l’exemple compte plus que la consigne.

Le plus beau, c’est ce que la souplesse rend possible. Un grand-parent qui se sent libre dit oui aux choses qui comptent : venir au spectacle de fin d’année, raconter sa propre enfance, transmettre ce que nous n’aurons jamais le temps de transmettre. C’est ce lien qu’on protège en posant un cadre léger.

FAQ

Faut-il tout laisser faire pour ne pas vexer les grands-parents ?

Non, et ce serait un mauvais cadeau pour tout le monde. Garde deux ou trois règles non négociables, celles de la sécurité, du sommeil et du temps d’écran, annoncées calmement à l’avance. Pour le reste, laisse la main : un cadre court tient mieux qu’une liste longue, et il laisse la place au plaisir d’être ensemble.

Comment annoncer une règle sans que ça sonne comme un reproche ?

Décris le besoin plutôt que la faute : dis « chez nous, la sieste du début d’après-midi lui évite les crises du soir » plutôt que « tu n’as pas respecté la sieste ». Parle de toi et de ton enfant, jamais de l’autre comme d’un coupable, à un moment calme, avant la garde.

Que faire si les grands-parents ne respectent pas les règles malgré tout ?

Demande-toi d’abord si la règle vaut la peine de tendre la relation. S’il s’agit de sécurité, redis-le calmement et mets-le par écrit si besoin. Pour un goûter ou une heure de coucher à une demi-heure près, laisse filer : le lien entre eux vaut souvent plus que la règle.

Comment remercier sans avoir l’air de fermer les yeux sur les écarts ?

Remercie pour ce qui compte : le temps, l’énergie, l’amour. Un « merci pour cette après-midi, ils étaient ravis » passe mieux qu’un débriefing. Garde les rappels de règles pour plus tard, en amont de la prochaine garde, jamais dans le même souffle que le merci.

Commence par une seule chose : choisis tes deux ou trois règles non négociables, dis-les une fois, à l’avance, en décrivant le besoin. Puis offre aux grands-parents un domaine entier, celui de leur choix, et ne repasse pas derrière. Tu verras vite que la garde devient plus légère des deux côtés, et que le lien entre eux et tes enfants grandit plus fort que n’importe quelle règle parfaitement tenue.


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